J’ai eu un choc ce week-end. De passage dans notre bonne ville de Nantes un couple d’amis rentre de soirée avec mon épouse et moi-même vers deux heures du matin. Juste avant de me coucher, je descends éteindre une lumière au RDC et que vois-je ? Mon ami sur son PC à finir un travail urgent !?! Dépendance au travail quand tu nous tiens.
Et pourtant qui n’a pas fantasmé sur le modèle scandinave ou anglo-saxon d’une journée de travail qui se termine à 17 ou 18h pour les cadres ? Tout le monde est pour : on a une vie après le travail, les vraies priorités sont ailleurs… Et tout le monde joue la même comédie à rester tard pour montrer son engagement ou alors subit une vraie charge de travail pendant 10 à 12h. D’où vient ce paradoxe ? Sans doute de notre empreinte judéo-chrétienne qui associe à la notion de travail et de réussite la notion de souffrance. Si tu n’as pas fait une journée à rallonge, tu n’as pas vraiment travaillé. Faites un jour un test. Partez à 17h30 sans donner de raison précise et ressentez la sensation de culpabilité une fois dans la rue ou votre voiture.
L’erreur est d’opposer systématiquement sens de l’effort et durée du travail. Ce n’est pas parce qu’on quitte plus tôt le travail qu’on est forcément désengagé, démotivé ou déprimé.
L’autre cause tient à la période de crise que l’on vit : ceux qui ont un poste font le dos rond et ne veulent pas se plaindre. « On est débordé, rincé, burn-aouté (ndlr rien à voir avec le mois d'août) mais bon on ne va pas se plaindre, on a un travail. »
D’où peut venir la solution ? Peut-être de 2 fronts à la fois. Le premier front ce sont les jeunes, les fameuses générations Y et Z (nés respectivement après 1980 et 1990). Les spécialistes et les sociologues caractérisent ces populations (qui par ailleurs désarçonnent leurs ainés et leurs managers) par notamment une valorisation beaucoup plus forte de la vie privée versus la vie personnelle. Bien sûr c’est choc de valeurs pour certains d’entre nous qui avaient à cœur de faire leurs preuves sans rechigner dans leurs premières années professionnelles. Mais c’est un fait. Et un fait que les entreprises devront prendre en compte étant donnée la structure de notre démographie : le nombre d’actifs arrivant sur le marché est plus faible que celui de ceux qui partent en retraite. La crise masque temporairement ce phénomène mais beaucoup d’entreprises peinent à recruter. Et elles ne pourront faire l’impasse de ces générations et de leurs attentes.
Deuxième front : les managers et les dirigeants. Faites partir vos équipes plus tôt ! Elles seront moins stressées et finalement plus efficaces. La contrainte discipline. Partir plus tôt pousse à mieux gérer ses priorités, mieux animer ses réunions et surtout limiter les tâches inutiles. Je me souviens d’un patron qui imposait 10 pages maximum par présentation à ses cadres. Au début, ce fut déroutant mais au final tous ont fait un effort de synthèse et tout le monde s’en est mieux porté. Pourquoi ne pas appliquer le même principe pour la durée de la journée ?
Signalons à cet égard, l’initiative récente de la Charte de la Parentalité signée par de plus en plus de grands groupes et dont l’objet principal est de permettre aux salariés de concilier leur vie personnelle et professionnelle. Pas de réunion après 18h30 par exemple.
Un indicateur qui montre qu’il est temps de changer : de plus en plus de salariés refusent d’accéder à un statut cadre pour ne pas perdre leur décompte à la semaine. Ils rejettent le forfait jour à l’année sans limite d’heure dans la journée.
Pour rappel :
Loi de Parkinson (http://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_de_Parkinson) « Le travail s’étale de façon à occuper le temps disponible pour son achèvement »
Loi de Ivan Illich : « Au-delà d’une certaine durée, on devient moins productif, voir contre-productif »
Vive l’été.
Antony Priou